Entre Séoul et Jeju, il y a un vol toutes les dix minutes, sur l’une des lignes aériennes les plus fréquentées du monde. J’ai mis une journée à faire le même trajet par la terre et par la mer. Voici comment, et pourquoi je recommencerais.

Je suis arrivé en Corée du Sud par bateau. C’était en juin 2025, au milieu d’un voyage qui m’a mené de la France au Japon sans jamais prendre l’avion : train jusqu’à Moscou, Transsibérien, Chine, puis une nuit de traversée entre Qingdao et Incheon. Débarquer à pied en Corée, par la mer Jaune, après des semaines de rails, ça marque.

Après une semaine à Séoul, j’ai voulu voir Jeju. Et là, tout le monde vous dit la même chose : prenez l’avion, c’est une heure et souvent moins de 50 euros. La liaison Séoul-Jeju dépasse les 70 000 vols par an, c’est un pont aérien permanent.

Sauf que je ne prends pas l’avion. J’ai donc cherché l’autre chemin, celui qui existait avant les compagnies à bas coût et qui existe toujours : descendre vers la côte sud en train, rejoindre un port en bus, traverser en ferry. Un vol Séoul-Jeju représente environ 100 kg de CO2 par passager, le même trajet par la terre et la mer en émet une fraction. Mais ce n’est pas seulement une affaire de chiffres, et c’est ce que je voudrais vous raconter ici.

Descendre vers le sud en KTX

Le départ se fait depuis Séoul, gare de Yongsan, point de départ de la ligne Honam qui file vers le sud-ouest du pays. Attention, ce n’est pas Seoul Station : les deux gares sont à quelques stations de métro l’une de l’autre et la confusion est facile quand on débarque.

Le KTX met environ 2h30 pour rejoindre Mokpo, tout au bout de la ligne. C’est rapide, ponctuel à la minute, et confortable. Un conseil sur le prix : passez par Korail, l’opérateur, et non par les revendeurs étrangers qui sortent en premier dans les moteurs de recherche. Ils majorent les tarifs, parfois du simple au double, pour exactement le même siège. Un avertissement toutefois : depuis l’Europe, le site korail.com est le plus souvent injoignable, la connexion expire sans message d’erreur et sans qu’on comprenne pourquoi. Si c’est votre cas, l’achat au guichet une fois sur place reste la solution la plus simple.

Je n’ai pas fait le trajet d’une traite. Je me suis arrêté à Gwangju, sur la ligne, pour deux nuits. Attention au nom de la gare : le KTX dessert Gwangju-Songjeong, et non Gwangju Station, qui ne voit plus passer de train à grande vitesse depuis 2015. C’est une escale que je vous recommande si vous n’êtes pas pressé : Gwangju n’a rien d’une ville touristique, et c’est précisément ce qui la rend intéressante quand on arrive de l’intensité de Séoul. Si vous préférez enchaîner, le même train vous dépose à Mokpo dans la foulée.

Il existe aussi un bus direct depuis Séoul jusqu’à Wando, au départ du Central City Terminal, dans le quartier de Gangnam : environ 5 heures de route, trois départs par jour. C’est l’option sans correspondance, mais on y perd le confort du KTX.

De Mokpo à Wando, la correspondance qui commande la journée

Le ferry vers Jeju part aussi de Mokpo, mais la traversée y est bien plus longue. Le port le plus efficace, c’est Wando, un peu plus à l’est, dans le Jeolla du Sud.

C’est ici que la journée se joue, et c’est le point à préparer avant de partir. Le bus direct entre le terminal de Mokpo et celui de Wando ne part que deux fois par jour, à 11h30 et à 18h00, pour 2h10 de route et 15 700 wons, une dizaine d’euros. Il n’y a pas de service à la demi-heure, contrairement à ce qu’on lit parfois.

Or les ferries de Wando vers Jeju partent à 2h30, 9h20 et 15h00. Faites le calcul : seul le bus de 11h30, qui arrive à 13h40, permet d’embarquer le jour même, sur la traversée de 15h00. Celui de 18h00 vous laisse à Wando pour la nuit. C’est exactement la combinaison que j’ai suivie, et je vous conseille de caler votre KTX du matin dessus.

C’est le moment que j’ai préféré de toute la journée, et c’est exactement ce que je n’aurais jamais vu depuis un hublot. La route longe la côte, traverse des rizières, passe derrière de petits ports de pêche où sèchent les filets. Rien de spectaculaire au sens où on l’entend d’habitude. Juste la Corée des provinces, qui défile à hauteur de regard pendant deux heures.

Le port de Wando et l’achat du billet

Wando m’a surpris. Je m’attendais à un embarcadère sommaire, j’ai trouvé un terminal moderne, bien signalé, avec des guichets lisibles et une salle d’attente confortable.

Le billet acheté au guichet du terminal de Wando, le matin même. Départ à 15h00 sur le Silver Cloud, pour 39 400 wons.
Le billet acheté au guichet du terminal de Wando, le matin même. Départ à 15h00 sur le Silver Cloud, pour 39 400 wons.
Le port de Wando vu depuis le pont supérieur, quelques minutes avant le départ.
Le port de Wando vu depuis le pont supérieur, quelques minutes avant le départ.

J’ai acheté mon billet le matin même, directement au guichet, sans la moindre difficulté. En dehors de juillet et août, c’est tout à fait jouable. Le mien indiquait un départ à 15h00 sur le Silver Cloud, place C27, pour 39 400 wons, soit environ 25 euros, frais de gestion portuaire compris. C’est un siège en classe standard : le tarif change selon la catégorie de place, du fauteuil au salon à tatamis, et les prix d’appel que l’on voit circuler correspondent aux catégories les plus basses. Si vous voyagez en haute saison, ou si vous embarquez un véhicule, réservez à l’avance sur le site coréen island.haewoon.co.kr. Il est essentiellement en coréen, mais la traduction automatique du navigateur suffit à s’en sortir.

Un point à ne pas négliger : votre passeport vous sera demandé à l’embarquement si vous êtes étranger. Le billet est imprimé sur papier au guichet. Présentez-vous une trentaine de minutes avant le départ, l’embarquement commence tôt.

Deux heures quarante de mer

Le navire est un grand ferry mixte, qui prend les passagers et les voitures. À bord, vous avez le choix : des sièges classiques, à la manière d’un avion, des espaces au sol avec des tatamis où l’on peut s’allonger, et des cabines privées pour ceux qui veulent s’isoler.

Le pont extérieur pendant la traversée. Les îlots de la côte sud défilent des deux côtés pendant une bonne partie du trajet.
Le pont extérieur pendant la traversée. Les îlots de la côte sud défilent des deux côtés pendant une bonne partie du trajet.
À bord du Silver Cloud, la coursive qui mène aux espaces passagers.
À bord du Silver Cloud, la coursive qui mène aux espaces passagers.

Je n’ai utilisé aucun des trois. Je suis monté sur le pont extérieur et je n’en suis pratiquement pas redescendu. Il y avait du vent, la côte coréenne qui reculait lentement, des îlots partout, et cette sensation particulière que donne un départ par la mer : on ne quitte pas un endroit d’un coup, on s’en éloigne.

La traversée dure environ 2h40. Mon billet indiquait un départ à 15h00, avec embarquement à 14h30, et les reliefs de Jeju se sont dessinés peu avant 18 heures. C’est un moment que je vous souhaite de vivre. Une île qui apparaît à l’horizon, ça ne ressemble à rien d’autre. Vous ne vous posez pas dessus : elle grandit devant vous pendant vingt bonnes minutes, et vous avez le temps de comprendre où vous arrivez.

Les lignes de ferry vers Jeju, et celles qui n’existent plus

C’est le point sur lequel il faut être prudent, parce que beaucoup d’informations qui circulent en ligne sont périmées. Sur les cinq liaisons encore mentionnées un peu partout, trois seulement fonctionnent aujourd’hui.

Ce qui circule :

  • Wando vers Jeju, compagnie Hanil Express, environ 2h40, trois départs par jour, y compris le week-end, avec deux navires en rotation, le Silver Cloud et le Gold Stella. La plus rapide et la moins chère, c’est celle que j’ai prise.
  • Mokpo vers Jeju, compagnie Seaworld Express Ferry et non Hanil Express, environ 4h30, à peu près un départ par jour. Deux fois plus long, mais c’est l’option qui évite le bus, et elle part de la gare KTX où vous arrivez.
  • Nokdong, à Goheung, vers Jeju. La troisième liaison active, nettement moins fréquentée, mais bien placée si vous arrivez par l’est du Jeolla. Vérifiez ses horaires avant de bâtir un trajet dessus, elle est plus fragile que les deux autres.

Ce qui ne circule plus :

  • Yeosu vers Jeju, environ 5h. Arrêtée le 29 décembre 2024, après dix ans d’exploitation déficitaire. Son navire, le Gold Stella, a été redéployé sur la ligne de Wando en janvier 2025, ce qui explique les trois rotations quotidiennes d’aujourd’hui. Ne construisez pas un itinéraire sur Yeosu.
  • Busan vers Jeju, environ 12h en ferry de nuit. Suspendue depuis l’arrêt de son opérateur, aucun billet en vente à ce jour. C’est dommage, parce que c’était la seule liaison qui permettait de dormir à bord.

Si vous tombez sur un article qui vous vend l’une de ces deux dernières, méfiez-vous de sa date de mise à jour.

Arriver à Jeju par le port

Le ferry accoste au port de Jeju, dans Jeju-si, au nord de l’île. Le centre-ville est à quelques minutes : bus local, ou taxi pour environ 5 000 wons.

L'arrivée au port de Jeju, un peu avant 18 heures.
L'arrivée au port de Jeju, un peu avant 18 heures.

Un conseil d’organisation : pour la première nuit, dormez près du point d’arrivée. Ici ce n’est pas une gare, c’est un port, et ça change tout quand vous débarquez avec un sac après une journée de trajet. Jeju-si coche la case, et c’est aussi là que sont installées les agences de location de voiture, à deux pas du terminal. Vous repartez explorer l’île le lendemain matin sans perdre une demi-journée en transferts. Seogwipo, sur la côte sud, est plus calme et mieux placée pour les sites du littoral méridional, mais c’est à l’opposé du port : gardez-la pour la suite du séjour.

Ce que la mer change

Rejoindre Jeju en ferry demande une journée de plus qu’un vol. Il faut le dire clairement, et si votre séjour tient en cinq jours, l’arbitrage est peut-être différent.

Mais quand vous passez une journée entière à rejoindre une île, il se produit quelque chose que l’avion supprime : vous mesurez la distance. Vous comprenez physiquement que Jeju est au large, à 80 km de la côte, et pas au bout d’un couloir d’embarquement. Vous arrivez dans un autre état d’esprit, et l’île cesse d’être une destination interchangeable. Elle est au bout d’un chemin que vous avez parcouru.

C’est ça, le voyage lent. Pas une punition écologique, pas une performance. Juste le chemin qui compte autant que l’arrivée.

J’ai détaillé toute la logistique de cette traversée, horaires, tarifs et lignes de ferry, dans mon article Rejoindre Jeju sans prendre l’avion, sur Nomade sur Rails.

Jérémie tient Nomade sur Rails, un blog consacré au voyage en train et au nomadisme numérique. En 2025, il a relié la France au Japon sans prendre l’avion : 45 jours, 10 pays, près de 18 000 km dont les 9 288 km du Transsibérien, en continuant à travailler trois jours par semaine depuis les compartiments. Il n’écrit un itinéraire que s’il l’a fait lui-même.

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